
Séminaire de recherche « Penser l’analyse de film à dates anniversaires. Histoire et théorie » / Cinémathèque française
Séminaire de recherche organisé par Massimo Olivero et Matthieu Couteau
Programme « Penser le cinéma : esthétique et histoire », Institut ACTE
Les trois séances du 26/02 ; 05/03 ; 02/04, se tiendront de 16h à 18h dans la Salle Musidora de la Cinémathèque Française, 51 Rue de Bercy, Paris
Présentation du séminaire
Balayant vingt ans de cinéma depuis une position au présent, le séminaire de recherche « Penser l’analyse de film à dates anniversaire » ambitionne de revenir sur les démarches de l’analyse autant que sur ses résultats, afin de mettre en avant le rôle essentiel de cette pratique dans la compréhension du cinéma, de ses problèmes et de son évolution.
Partant de la contrainte anniversaire, ces trois séances auront pour projet d’étudier le film pour ce qu’il est, ou aurait pu être, et le film pour ce qu’il fait, dans son contexte immédiat de production (perspective synchronique) ou au regard de l’histoire générale du cinéma (perspective diachronique).
Alliant théorie (le système spéculatif qui appréhende l’œuvre en tant qu’idée) et histoire (la méthode d’investigation qui s’intéresse à l’œuvre comme phénomène), chaque rendez-vous prendra la forme d’une double intervention et offrira ainsi aux intervenants et intervenantes l’occasion d’un dialogue autour des œuvres choisis, valorisant leurs affinités manifestes autant que leurs spécificités intrinsèques, questionnant par les films le geste analytique.
Première séance, le 26 février, « Analyse années 1920 : l’invention d’une poésie, ou le récit au temps des avant-gardes »
- Arthur Côme, « De la musique et des images dans L’Inhumaine »
Des films français des années 1920, L’Inhumaine est de ceux qui expérimentent la possibilité d’une musique visuelle, inaudible mais visible. Théorisée au cours des années 1920, la musicalité des images a fait l’objet de nombreux écrits qui n’ont pas toujours trouvé leurs applications dans les films. Ce décalage entre théories et mises en images semble s’amenuiser avec certaines réalisations. L’analyse de L’Inhumaine nous permettra d’apprécier ces porosités en proposant quelques clés de lecture, afin de voir ce que l’oreille est supposée entendre : une musique pour les yeux.
Arthur Côme est doctorant et chargé de cours à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a été chercheur invité (bourse Jean-Baptiste Siegel) puis associé à la Cinémathèque française, ainsi que lauréat de la bourse Daniel Arasse de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis. Trésorier adjoint de l’AFRHC, il est aussi secrétaire de l’association Kinétraces.
- Sarah Ohana, La Légende de Gösta Berling (Stiller,1924)
En mobilisant un appareil esthétique en prise avec l’histoire de la période, cette intervention propose de revenir sur cet immense projet de Mauritz Stiller, aussi ambitieux que paradoxal. Adaptation romanesque pour celui qui s’était jusqu’ici illustré par le théâtre, dernier film avant son départ pour les États-Unis, révélation sur grand écran de celle qui deviendra la « Divine », cette œuvre est une occasion de revenir sur les méthodes de fabrication cinématographique à l’époque du muet, puis de penser la naissance d’un langage filmique ailleurs qu’à Hollywood tout en sachant qu’il a contribué à le perfectionner.
Sarah Ohana est docteure en études cinématographiques de l’Université Paris Cité. Elle a rédigé une thèse intitulée L’étonnement ou l’éclat du visible qui aborde le cinéma comme puissance de révélation et instrument philosophique. Les cours qu’elle dispense dans plusieurs universités et écoles (Paris 1, Gustave Eiffel, Paris Cité, Paris 8, l'École Normale Supérieure d'Architecture de Nantes, l'ESRA et l'American University of Paris) portent sur les rapports entre peinture et cinéma, sur les genres cinématographiques (le mélodrame, le film noir, le documentaire), sur des motifs filmiques précis (le tableau vivant, la couleur, l’ombre, la lumière, la marche) ou encore sur la théorie du cinéma. Elle a co-dirigé avec Nathalie Mauffrey l’ouvrage La prise au départ du cinéma aux Éditions Mimésis (2021). Elle a collaboré aux revues Trafic, Écrans, La FuriaUmana, Mondesdu cinéma, Revus & corrigés, ainsi qu'à deux ouvrages collectifs, l'un consacré au cinéaste Samuel Fuller (Yellow Now, 2017) et l'autre sur les Horizons contemporains dans les arts de la scène et de l’écran (à paraître aux éditions Mimésis). Elle s'intéresse actuellement au motif du drapé au cinéma (ces recherches ont donné lieu à des interventions en séminaire doctoral et en colloque).
Deuxième séance, le 05 mars, « Analyse années 1930 : passage tardif au parlant, réalisme et engagement politique en Asie »
- Laurent Husson, « La Divine, film phare du mélodrame social chinois ».
La Divine (Shén nû 神女), premier long-métrage réalisé par Wu Yonggang en 1934, est sans nul doute l’une des œuvres les plus célèbres et commentées de l’histoire du cinéma muet chinois. Dans le cadre de cette intervention, nous proposerons une analyse de ce film en tant qu’œuvre à la fois représentative des ambitions artistiques du studio Lianhua, et singulière dans son épure esthétique. Si les thématiques abordées dans ce mélodrame reflètent l’influence alors grandissante, au sein de la Lianhua, des intellectuels de gauche, la mise en scène de Wu Yonggang est, quant à elle, conçue comme un écrin pour l'actrice Ruan Lingyu, dont l’exceptionnelle popularité contribua à la patrimonialisation du film.
Laurent Husson est ATER à l’Université Sorbonne Nouvelle, dont il est titulaire d’un doctorat en études cinématographiques et audiovisuelles. Il a précédemment été ATER à l’Université de Picardie Jules Verne, et a enseigné aux universités Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et Gustave-Eiffel. En février 2022, il a soutenu une thèse intitulée « L’Émergence des collections de livres de cinéma dans la France de l’après-guerre (1945-1954). Une étape cruciale de l’histoire de l’édition de cinéma française », dirigée par Laurent Véray. Ses recherches actuelles recoupent notamment les domaines de l’histoire de la critique, du cinéma muet, ainsi que de l’enseignement universitaire du Cinéma en France. En collaboration avec Enrico Gheller, il prépare une monographie consacrée à Jean George Auriol. Il préside depuis 2021 l’association Kinétraces.
- Quentin Lepetitdidier, « Êtres-lieu : de La Cigogne en papier ».
La Cigogne en papier est le dernier film muet réalisé par Kenji Mizoguchi en 1935, un an avant son diptyque L'Élégie d'Osaka et Les Sœurs de Gion. Décennie essentielle pour comprendre l'évolution esthétique du cinéaste, abandonnant le découpage pour le plan long, La Cigogne en papier cristallise les enjeux d'un tel bouleversement. Au-delà de ce virage formel qui caractérise les années 1930, Mizoguchi semble interroger avec une extrême précision le concept de lieu en des termes esthétiques. Rarement convoqué dans les études cinématographiques, l'analyse de l'ouverture de La Cigogne en papier permet d'envisager une réflexion nouvelle sur le lieu chez Mizoguchi.
Quentin Lepetitdidier est doctorant en études visuelles à l’Université Paris Cité sous la direction d’Olga Kobryn et d’Emmanuelle André. En deuxième année, son travail de recherche porte sur les enjeux esthétiques liés aux passages de supports (16mm, VHS, miniDV, HD, téléphone portable…) dans l’œuvre du cinéaste expérimental nord-américain Leighton Pierce. Plus précisément, sa recherche s’oriente vers les questions de matérialité, de dispositifs, et voudrait explorer le concept de lieu.
Troisième séance, le 02 avril, « Analyse années 1940 : cinéma occupé, cinéma libéré »
- Simon Rozel, « Du réalisme héroïque dans la France occupée : Le Ciel est à vous (1944) de Jean Grémillon ».
Consacrée au Ciel est à vous, cette intervention aura vocation à croiser les outils de l’analyse filmique et de l’histoire du cinéma. Elle sera l’occasion d’identifier la place de l’œuvre dans la trajectoire de Jean Grémillon, tant d’un point de vue esthétique que philosophique, à travers les évolutions conjointes de son style et de sa vision du monde. Nous pourrons ainsi analyser d’un point de vue formel les continuités et les ruptures avec le cinéma français des années 1930, par exemple en interrogeant la catégorie du réalisme poétique, souvent utilisée pour qualifier cette époque. L’intervention permettra par ailleurs de penser la position du film dans son contexte de production, à la fois esthétique, économique et politique. Nous proposerons entre autres une réflexion sur les conditions de la réception du film, objet d’un malentendu assez paradigmatique dans une France qui bascule au cours de l’année 1944. Cela nous conduira à esquisser quelques pistes de réflexion sur le cinéma français sous occupation allemande.
Diplômé de l’Ecole nationale des chartes (promotion 2017-2021), Simon Rozel est également agrégé d’histoire depuis 2022. Doctorant contractuel au sein de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il prépare une thèse consacrée au Chagrin et la Pitié (1971) de Marcel Ophuls.
- Virgilio Mortari, « Rome ville ouverte, enjeux esthétiques et idéologiques ».
Dans cette présentation, nous essayerons de mettre en lumière, tant au niveau des solutions formelles qu’au niveau des contenus, les éléments de continuité et de rupture du chef-d’œuvre rossellinien d’avec les productions italiennes qui le précèdent immédiatement. Il s’agira d’ailleurs d’apercevoir les rapports entre ces éléments-là et : d’une part le contexte historique et idéologique de la Résistance et de la lutte antifasciste, puis d’autre part les impulsions réalistes qui se développaient contemporainement dans les autres arts.
Virgilio Mortari est docteur en Études cinématographiques et audiovisuelles. Ses recherches portent notamment sur les problèmes théoriques et pratiques de l’avant-garde et du réalisme, et sur les relations entre esthétique, philosophie et idéologie. Il est l’auteur d’articles sur des figures de l’avant-garde française (Jean Epstein, Antonin Artaud) et de la critique italienne (Guido Oldrini). Il travaille actuellement à un ouvrage de sélection, présentation et traduction en français de textes italiens appartenant au débat critique et théorique qui accompagna l’essor du néo-réalisme (1928-1945).